
Strass de la philosophie est devenu un lieu de la philosophie contemporaine fort consulté. Un lieu qui n'a pas la prétention de valoir comme site, tout site relevant d'une situation globale tandis que le lieu n'est qu'un point de vue. La ville est un site, le découpage des toitures un lieu, une vue parmi d'autres. Nous pourrions ainsi parler de revue, d'une vision redoublée reprenant depuis la place que j'occupe une perspective sur les textes, ou ce que je qualifierais d'un strass dont la valeur n'est que celle de l'éclat, du reflet, sans prétention au vrai.
Il m'arrive de traiter certaines oeuvres avec une méchanceté qu'on voudra bien me pardonner. C'est que la vue qui est la mienne, fort locale, revendique une distance par rapport à celle, trop complaisante, des recensions convenues. Ce manque de tendresse, je ne m'en excepte pas, comme on pourra s'en rendre compte dans l'entretien avec Boundas qui ne me ménage pas mais donne l'occasion de développements "exceptionnels" (voir la séquence sur Hegel http://jeancletmartin.blog.fr/2012/01/22/la-phenomenologie-de-hegel-12498405/ ). Il me semble que c'est le cas encore de l'entretien avec Tristan Garcia, fort riche, même si nos points de vue ont connu un écart maximal et qu'il fallait trouver la ligne de flottaison qui finalement réussisse à traverser le lieu selon un régime propre à l'auteur de Forme et Objet. Certains Strass ne sont pas tendres non plus avec Quentin Meillassoux ou, pour d'autres motifs, avec Alain Badiou. Mais à la différence des sites ou des magazines philosophiques, ma revue admet le droit de réponse et donne l'occasion de revoir, depuis un autre lieu, la ligne qui pourra donc bouger. C'est exemplairement le cas du dossier de l'an passé sur Badiou dont, comme il me l'écrit, "le cuir est dur" et "les piques" fort peu sensibles, tout à son honneur.
Pour le reste, on notera la part trop importante qui est ici la mienne, mais il est fort difficile d'élaborer de véritables contacts et de prendre le temps de chercher des auteurs susceptibles de rendre compte ou de contribuer. Il m'incombe de plus en plus de prendre sur moi ce travail de lecture comme cela est visible dans les derniers Strass sur Lyotard, Ruyer ou encore Dewey. La chose n'a rien de choquant et me paraît redevable d'une expérience de lecteur dont la prétention sera bien celle de dégager de l'anonyme actualité une "Figure des temps contemporains" comme je l'avais déjà fait depuis mon travail au Collège international de philosophie, en qualité de directeur de programme. Me voici finalement à ma place, celle de lecteur dans une bibliothèque qui ressemble à Babel.
J.-Cl. Martin
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