Non, Slavoj Zizek ne dirige pas l'orchestre philharmonique de Léningrad mais lève la main pour jurer avec Hegel tous les diables de l'histoire, considérant Le plus sublime des Hystériques comme l'équivalent, dans sa pensée, du Platon de Badiou. Et à l'encontre de tous les commentateurs hésitant à suivre Hegel au-delà du pas conduisant au "Savoir Absolu", il faut bien avoir le courage d'y aller, de franchir la limite Kantienne de l'expérience vers la chose monstrueuse, agitant le coeur palpitant de la dialectique Hégélienne au lieu de s'affoler devant une raison totale, totalement totalitaire. Que Hegel soit penseur du totalitarisme, c'est oublier sans doute un peu vite, comme le rappelle Zizek dans son excellente analyse, que "le cercle qui repose en soi, fermé sur soi, comme substance, tenant tous ses moments, est la relation immédiate qui ne suscite ainsi aucun étonnement" (c'est Hegel qui parle). En réalité, l'Absolu ne se pense que séparé de son pourtour, décollé de son bord selon une négativité fortement cinétique, décadrant le Tout comme se dédouble la main du Violoniste de Giacomo Balla (et presque celle de Zizek supra). Il me semble alors que "Dialectique" peut aussi s'entendre, le plus puissamment peut-être, au sens de Kant: dialectique excessive, ouverte aux paralogismes, aux antinomies de son usage schizophrénique (là, c'est moi qui parle).
Je me demande, en regardant la photo de Slavoj Zizek sur facebook, assis sur le bidet : s'agit-il seulement d'un trou, comme la lunette d'un blanc opercule qui laisse à l'eau la place de chasser toute fixité? Il y a, en tout cas, la figure du Calice à la fin de la Phénoménologie. Et le calice n'est pas qu'une cuvette, à supposer qu'il s'agisse -comme je le crois- d'un vortex. Aux abords du trou noir, il me semble qu'il n'y a pas que le vide Lacanien pour ordonner par exemple le passage des "grains du sable" en un "tas" symbolique (p.44 : où commence le "tas" au lieu de quelques grains?), mais une modification de tous les paramètres de l'entendement quand, par exemple, le sable granulaire (discret) devient liquide (continu)au moment de retourner le sablier, montrant une spirale qui serait celle de la Raison (par opposition à l'Entendement, même si je crois avec Zizek qu'il s'agit bien de la même chose et que la Raison n'est qu'une maximisation de l'entendement -ce que Badiou appellerait une excroissance).
Dire cela néanmoins change tout, en ce que le vortex apparaît comme une ligne de soustraction portant le réel granulaire des "moments" vers une "figuration" liquide (Aufhebung). Un mouvement que la roue de Faraday, à l'époque de Hegel (là c'est moi encore qui parle), rend lisse et continu comme le concept Hégélien enchaînant les moments du temps selon un cinéma d'avant l'heure ("la nuit du monde" entrecoupée "d'apparitions blanches" et de "têtes ensanglantées"). Alors tout se réinscrit, se réécrit sur un support idéal: une coupe dans le temps qui en prélève l'éternité. C'est en tout cas ma lecture de la Phénoménologie de l'Esprit. Elle partage avec Zizek l'idée que si nous avons relégué Hegel au fond de la cuvette (en le dénonçant comme penseur de l'abstraction), il s'agit au contraire de comprendre que, avec Hegel, la philosophie touche à sa pointe la plus concrète, rarement obtenue en philosophie.

JCM

Slavoj chez lui?
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