supernova

Abréger l’éternité : un projet qui rimerait à merveille avec l’art de la fiction pratiqué par Borges, art incisif comme l’ongle qui pèse sur sa pointe à la rencontre de la matière, en un seul point, un seul impact rétréci. Mais l’abrégé est, en outre, un art de la Logique qui consiste à raccourcir et simplifier au maximum les chemins de la démonstration. Il s’agit là d’une méthode d’écriture qui conviendrait parfaitement à L’Ethique de Spinoza où l’éternité est approchée selon l’ordre axiomatique de la géométrie.
Un abrégé serait une forme d’abréviation qui ferait bréviaire, au sens le plus noble du terme : expérimentation, tentative de réaliser un précipité comme cela advient du coté de la chimie lorsqu’elle extrait d’une chose son essence, son étoffe. Spinoza parlera quant à lui de substance déployant la nature jusque dans ses plus fines modalités. Rien d’étonnant, en ce sens, qu’on ait, chez Spinoza, une seule réalité pour une infinité de modes ou de modulations. Un fleuve est un seul courant, et pourtant la lumière joue sur sa surface comme une infinité de papiers déchirés, une fureur de petits points d’or apparemment singuliers sous leur modulation.
Il en va comme des deltas de Vermeer sur lesquels se mire la lumière quand, dans le Livre V de l’Ethique, l’éternité enfin adviendra, sous le regard de Spinoza, autant dans nos corps que dans nos âmes : une brûlure de notre existence, rattachée à une seule mer et qui ne saurait s’effacer jamais. Alors on pourra comprendre peut-être que, entre Vermeer et Spinoza, joue une inspiration similaire. D’où qu’on aborde la nature, l’intuition sera la même ! Une multiplicité de grains baignant dans la même lumière. Devant sa splendeur d'autres noms évoqueront cette commune idée. Mahmûd Shasbestari pourra dire que l’univers « est un miroir, dans chaque atome se trouvent cent soleils flamboyants. Si tu fends le cœur d’une seule goutte d’eau, il en émerge cent purs océans… »
Extrait de Jean-Clet Martin, Bréviaire de l'éternité, Léo Scheer, 2009

http://www.leoscheer.com/spip.php?page=manuscrit-jean-clet-martin_breviaire

Interlude musical
Les chants de la terre